RENE

Nous passions des heures à améliorer l’arrosage de son jardin à la Croix-Valmer. Quand le jour tombait, nous partions main dans la main, et l’on n’entendait que le claquement de nos sandales sur le bitume encore brûlant. Je le vois, je le vois parler mais je ne l’entends plus. Il y a des mimosas et aussi des palmiers. Un jour, il s’était éclipsé dans la remise ; à son retour, un mètre-ruban dans la main, il mesurait la hauteur des talons de la femme de ménage. Son regard malicieux. Le miroir aux dorures patinées et le petit lion en bronze sur son bureau.

« Mon cadet » Oui, c’est bien comme cela qu’il m’appelait.


« J’ai trois souvenirs d’école », annonçait Georges Pérec dans W ou le Souvenir d’enfance, avant que sa mémoire ne lui en inspire un quatrième.

En construisant cette série comme on investigue son passé, en hommage à son grand-père, le photographe Paul Mouginot choisit de se laisser guider par sa mémoire : celle qui nous fait reconnaître l’être aimé sur une vieille photo d’identité ratée, qui nous replonge dans l’atmosphère particulière d’un lieu ou d’une époque, pour finalement mieux dissiper « cette brume insensée où s’agitent des ombres » (R. Queneau)

Le visiteur, quant à lui, est invité à une expérience similaire : parviendra-t-il à reconnaître, au delà des angles qui s’émoussent ou des couleurs qui s’estompent, un visage, un paysage connu ?

Et surtout, se souviendra-t-il de